COLOR , LIGHT, SPACE  AND  ILLUSION

Christoph Dahlhausen
Bernard Gilbert

O3.11.2019 – 12.01.2020

Vernissage le dimanche 3 novembre 2019 de 15 h à 18 h 30
Opening Sunday, November 3, 2019 from 15 :00 to 18:30 hrs
 

Du jeudi au dimanche
de 14h à 18h30
ou sur rendez-vous

From Thursday till Sunday
from 2 pm till 6.30 pm
or by appointment

  

La galerie Triangle Bleu est heureuse de réunir pour la première fois deux artistes qui, malgré des techniques d’expression différentes, proposent chacun une œuvre centrée sur la couleur et l’espace.

Christoph Dahlhausen (Bonn, Allemagne, 1960) concentre son travail, depuis 1990, sur la lumière, la couleur et l’espace. Il a commencé comme peintre, mais s’est de suite orienté vers l’élémentarisation radicale du processus de peinture. Comme l’écrit Stephan Berg, quand il a découvert que le bord inférieur du châssis qui émettait une lumière colorée le fascinait plus que la peinture sur la toile elle-même, le chemin était ouvert pour son exploration spécifique sans peinture des principes fondamentaux de la peinture en matière de couleur et de lumière et de leur interaction avec l’espace environnant. Depuis lors, Dahlhausen a exclusivement utilisé des éléments du monde froid des objets à connotation industrielle et fonctionnelle, les déployant largement comme des ready-mades afin de manifester l’évidence non-scientifique de la lumière.

La fascination de cette stratégie less is more consiste dans le fait que les objets, réduits à leur apparence pure, semblent complètement transformés. Les filtres d’appareil photographique de différentes tailles, dans un ordre dispersé, rythmiquement et musicalement subdivisé, sont disposés sur une plaque d’acier poli de haute qualité et accrochés horizontalement sur un mur (Filtered Light). Entre leur propre coloration et celle réfléchie sur le mur, ils développent une interaction très complexe qui relie la matérialisation spatiale à la manifestation éphémère. Et les éclairs blancs de l’intérieur des carrosseries en aluminium revêtues de peinture de voiture (Bodies) enlèvent un peu de leur physicalité au profit d’une immatérialité tachetée qui baigne l’objet. Ici se manifeste l’aspect poétique et sensuel de la lumière. De même, dans les Stabilizing Light, les sections d’échafaudage préfabriquées et les tubes fluorescents bleus sont reliés en dessins lumineux dans l’espace qui, surtout pendant l’heure bleue précédant la descente de la nuit, déploient leur effet presque magique.

Par conséquent, dans toutes ses œuvres, l’artiste agit comme un arrangeur, un réalisateur, qui seul, au moyen des situations et constellations qu’il fabrique, rend visible l’invisible dans le perçu, et permet ainsi à la perception elle-même de renouveler ses approches.

Pour Jérôme Lefèvre, Bernard Gilbert (Dinant, Belgique, 1970) travaille dans une direction que l’on pourrait qualifier de peinture sans fin. Ses compositions abstraites se sont affranchies de toutes les positions dogmatiques qui les ont précédées. La première caractéristique de la peinture de Bernard Gilbert, c’est de déjouer la perspective. Abstraite, elle est sans répétition ni symétrie. Les parallèles et autres géométries sont volontairement inexactes. Les différents plans semblent dilués. Ici les formes ne sont ni figures ni sujets. Ce qui habite ses compositions, c’est un sens aigu du chaos. Son œuvre est fait d’intrications, de formes imbriquées jusqu’à brouiller plans et perspectives. Ce qui l’intéresse c'est la couleur. L’œuvre en est saturée. Il explore sans relâche l’infinité des combinaisons qui s’offrent à lui, sur un mode ouvertement expérimental. C’est à la théorie des couleurs qu’il est attaché.

L’œuvre a subi plusieurs étapes ; depuis le début des années 2000, Bernard Gilbert introduit progressivement le principe des plans multiples. Sur la première trame, des masses de couleur se détachent très nettement du plan créant des zones autonomes. Elles se superposent et s’imbriquent à la manière de motifs musicaux. A partir de 2010, la composition a atteint une complexité extrême, de nouveaux outils sont apparus.

Dans les développements récents de son travail, Bernard Gilbert confie que la question du réenchantement par la peinture est une de ses préoccupations majeures et ceci, en réponse au désenchantement environnant. Il tente de réintroduire la dimension contemplative permettant de glisser du processus de voir à celui de regarder, prendre le temps. Les fines couches et entrelacs confèrent à chaque peinture une profondeur abyssale, un voyage entre les couches, une descente dans les abîmes du voir pour mieux remonter, par la couleur, et titiller les qualités organoleptiques de la peinture, singulièrement de chaque peinture.

 

The TRIANGLE BLEU Gallery is pleased to bring together for the first time two artists who, despite their different expressive approaches, each propose a work centered on color and space.

Christoph Dahlhausen (Bonn, Germany, 1960) has since 1990 focussed his work on light, color and space. He began as a painter, but was soon directed towards the radical elementarization of the painting process. As Stephan Berg wrote, when the artist discovered that the lower edge of the frame that emitted a colored light fascinated him more than the painting on the canvas itself, the path was open for his specific unpainterly exploration of the fundamentals of painting in terms of color and light and their interaction with the surrounding space. Since then, Dahlhausen has exclusively used elements from the cold world of objects with industrial and functional connotations, deploying them largely as ready-mades in order to manifest the unscientific evidence of light.

The fascination of this less-is-more-strategy lies in the fact that the objects, reduced to their pure appearance, seem completely transformed. The photographic filters of different sizes are arranged in a scattered, rhythmically and musically subdivided order on a high-grade polished steel plate and hung horizontally on a wall (Filtered Light). Through the interplay between their own colors and those reflected on the wall, they develop a very complex interaction that links spatial materialization to ephemeral manifestation. In turn, the white flashes from inside the car-paint-coated aluminum bodies (Bodies) take away some of their physicality in favor of a mottled immateriality that engulfs the object. The poetic and sensual aspect of light is here manifested. Similarly, in Stabilizing Light, prefabricated scaffolding sections and blue fluorescent tubes create luminous patterns in the space which, especially during the blue hour preceding the fall of night, unfold their almost magical effect.

As such, in all his works, the artist acts as an arranger, a director, who by himself, through the situations and constellations he constructs, makes visible the invisible in the perceived, and thus allows perception itself to induce new approaches.

 

Jérôme Lefèvre sees Bernard Gilbert (Dinant, Belgium, 1970) working in a direction that could be described as endless painting. His abstract compositions have freed themselves from all the dogmatic positions that preceded them. The subversion of perspective is the first quality that characterizes the painting of Bernard Gilbert. It is abstract, without repetition or symmetry. The parallels and other geometries are intentionally inaccurate. The individual plans seem diluted. Here, forms are neither figure nor subject. His compositions are infused with a profound sense of chaos. His work is made of entanglements, of nested forms that blur plans and perspectives. Color is what interests him. The work is fully saturated with it. He tirelessly explores the infinite combinations that are available to him in an overtly experimental mode. He is fully dedicated to the theory of color.

The work has evolved through a number of stages; from the early 2000s, Bernard Gilbert has gradually introduced the principle of multiple layers.  On the first canvasses, masses of color clearly detach themselves from the underlying plane, creating autonomous zones. They overlap and interlock like musical motifs. By 2010, however, his compositions have reached an extreme level of complexity. New tools have emerged.  


Regarding the recent developments in his work, Bernard Gilbert confides that the question of re-enchantment through painting is one of his major concerns and this mainly in response to the prevalent disenchantment. He tries to reintroduce the contemplative dimension that allows the act of seeing to shift to that of looking, taking time. The fine layers and intertlacings infuse each painting with an abyssal depth, a voyage between layers, a descent into the abyss of seeing to better return, through color, and titillate the organoleptic qualities of painting, and singularly those of each painting.